Depuis qu'il est apparu, afin de répondre sur le terrain aux besoins de partenaires commerciaux de pays différents, l'arbitrage commercial international s'est développé jusqu'à former une branche à part entière de la science juridique. Il fait l'objet d'une littérature toujours plus abondante et a trouvé sa place dans les programmes de nombreuses universités. Cette évolution, dont on ne peut que se féliciter, doit beaucoup à l'attention doctrinale portée à l'arbitrage depuis quelques dizaines d'années. De fructueux échanges entre praticiens et théoriciens ont donné naissance à une discipline universelle qui conquiert chaque année de plus nombreux adeptes, convaincus de son importance pour les relations commerciales internationales.

Mais l'universalisme n'implique nullement l'uniformité. C'est même l'une des forces de l'arbitrage que d'être capable de s'adapter à différentes approches et pratiques. Le lecteur en trouvera l'illustration dans les pages qui suivent, qu'il s'agisse des réflexions de Hans Smit sur les opinions dissidentes ou de considérations sur les intérêts développées dans des extraits inédits de sentences CCI et d'articles rédigés pour les accompagner par James Otis Rodner, membre de la Cour de la CCI, et par Lara Hammoud et Matthew Secomb, tous deux membres du secrétariat de la Cour.

Ce serait également une erreur de croire que l'universalisme pousse à dédaigner les traditions juridiques locales. Beaucoup d'instruments qui ont contribué à façonner l'arbitrage commercial international, tels que la loi type de la Commission des Nations unies pour le droit commercial international, sont nés d'une volonté consciente d'englober la diversité des lois internes et d'offrir une norme sur laquelle les différentes nations puissent se fonder lors de la mise en œuvre de réformes législatives. Le récent exemple du Japon est présenté dans ce numéro par Hiroshi Oda, membre japonais de la Cour de la CCI.

En plus de ces contributions, nous publions dans ce numéro le rapport statistique 2003 de la Cour de la CCI, qui montre une fois de plus que le champ de ses activités est le reflet même de l'universalité de l'arbitrage commercial international.

C'est enfin avec la plus profonde tristesse que nous rendons hommage dans ces pages à feu le professeur Philippe Fouchard, auquel beaucoup d'entre nous, à la CCI, vouaient une solide amitié. Il avait non seulement gagné le respect de tous pour l'exceptionnelle qualité de son travail, mais aussi l'affection de ses collègues et de ses étudiants pour la chaleur et la générosité qu'il apportait à l'étude de l'arbitrage commercial international.

Anne Marie Whitesell

Secrétaire général

Cour internationale d'arbitrage de la CCI